8 septembre 2026 · On décrypte les signes.
PANSÉMIOTIQUE

Signes & symboles

Langage des fleurs : origine et histoire (1819)

On répète souvent que « les fleurs ont un langage » comme s’il s’agissait d’une tradition immémoriale, transmise depuis des siècles. Les faits datés disent autre chose : le « langage des fleurs » est un genre éditorial français né en 1819, et aucun recueil du XIXe siècle ne s’accorde vraiment avec un autre sur le sens d’une même fleur.

Planche botanique ancienne évoquant les recueils illustrés du XIXe siècle sur le langage des fleurs
Le « langage des fleurs » naît avec un genre de livres illustrés, pas avec une coutume ancienne.

Un genre éditorial né en 1819, pas une tradition ancestrale

L’ouvrage fondateur du genre s’intitule Le Langage des fleurs, publié à Paris chez Audot en 1819, sous le pseudonyme de « Charlotte de Latour » — un pseudonyme généralement attribué à Louise Cortambert, sans certitude absolue confirmée par une source primaire biographique (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026).

Le succès du genre en France, en Angleterre et aux États-Unis au XIXe siècle

À partir de cette publication de 1819, le genre connaît un succès éditorial qui dépasse largement la France : il se diffuse et se décline en Angleterre puis aux États-Unis tout au long du XIXe siècle (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026).

Le malentendu de l’origine « turque »

Une partie du web francophone fait remonter le « langage des fleurs » à une origine turque ou ottomane. C’est un malentendu, dont la source est identifiable et datée.

Les lettres de Lady Mary Wortley Montagu (1717-1718, publiées en 1763)

L’origine de ce malentendu se trouve dans les lettres de Lady Mary Wortley Montagu, écrites depuis Constantinople entre 1717 et 1718 et publiées en 1763. Elle y décrit le sélam, une pratique ottomane (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026).

Le sélam ottoman est un jeu de rimes, pas un code floral

Le sélam décrit par Lady Mary Wortley Montagu est un jeu de rimes : chaque petit objet vaut pour le mot qui rime avec lui. Ce principe fonctionne aussi bien avec du charbon ou du fil qu’avec une fleur — ce n’est donc pas, à proprement parler, un code floral (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026). La date précise de la première traduction ou diffusion de ce récit en France n’est pas établie ici ; seules les dates d’écriture (1717-1718) et de publication des lettres (1763) sont sourcées.

Pourquoi il n’existe pas UN langage des fleurs

Beverly Seaton (1995) : des dictionnaires floraux qui se contredisent d’un livre à l’autre

La chercheuse Beverly Seaton, dans The Language of Flowers: A History (University Press of Virginia, 1995), a montré que les dictionnaires floraux du XIXe siècle se contredisent d’un ouvrage à l’autre — y compris au sein d’un même pays et d’une même décennie (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §1.2 et §2.9, référence Beverly Seaton, 1995, relevé du 27/08/2026). Écrire « telle fleur signifie telle chose », sans préciser dans quel recueil et en quelle année, revient à passer sous silence cette absence d’accord.

Comment lire une correspondance fleur → sens sans se tromper

Compte tenu de ces contradictions attestées, une correspondance fleur → sens ne peut se lire qu’accompagnée de sa source : « selon tel recueil, telle année » — jamais comme une signification universelle ou intemporelle. Cette page ne détaille volontairement aucune correspondance fleur par fleur : c’est l’objet d’une autre page de ce site, présentée plus bas.

Ce qui, en revanche, est un usage documenté

À côté des correspondances symboliques, contestées et changeantes, certains usages sociaux liés aux fleurs sont eux datables et sourçables.

Le chrysanthème et la Toussaint en France (à partir de 1919) — et son sens opposé au Japon

Chrysanthèmes en fleur, symbole associé à la Toussaint en France et à la famille impériale au Japon
Une même fleur, deux charges opposées : le chrysanthème, deuil en France, emblème impérial au Japon.

En France, l’association du chrysanthème à la Toussaint se fixe après 1919, quand les autorités invitent à fleurir les tombes des morts de la Grande Guerre pour le 11 novembre ; le chrysanthème, qui fleurit à cette saison, s’impose alors et se reporte sur la Toussaint (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026). Au Japon, la même fleur porte une charge opposée : elle est l’emblème impérial, associé au sceau du chrysanthème (source : idem). Une même fleur, deux charges symboliques opposées selon le contexte — c’est la démonstration concrète de ce que cette page avance depuis le début.

Le muguet du 1er mai

Le muguet du 1er mai est un usage français, popularisé au XXe siècle (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026).

La rose rouge de la Saint-Valentin, le bouquet de mariée, le nombre de fleurs offertes

La rose rouge associée à la Saint-Valentin, le bouquet de mariée, ou encore le nombre pair ou impair de fleurs offertes selon les pays, sont des usages observables et datables — pas des « significations » universelles (source : dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9, 27/08/2026).

Ce que cette page ne couvre pas

Cette page traite l’histoire du genre éditorial du « langage des fleurs » et ses contradictions internes. Elle ne détaille aucune correspondance fleur par fleur : ce répertoire, chaque entrée sourcée à un recueil daté, fait l’objet d’une page distincte de ce site, à paraître. La rose en particulier — couleurs, nombre, histoire spécifique — fait elle aussi l’objet d’une page à part, à paraître.

⛔ Ce qu’on ne sait pas

  • L’attribution du pseudonyme « Charlotte de Latour » à Louise Cortambert est une attribution généralement admise, mais pas une certitude confirmée ici par une source primaire biographique.
  • La date précise de la première traduction ou diffusion en France du récit du sélam par Lady Mary Wortley Montagu n’est pas établie : seules les dates d’écriture (1717-1718) et de publication des lettres (1763) sont sourcées.
  • L’étendue exacte des contradictions entre recueils floraux (quels livres précisément, quelles fleurs) n’a pas été détaillée ici : Beverly Seaton établit le principe général, pas le relevé fleur par fleur.
  • La position de cette page dans les résultats de recherche et l’état du classement actuel sur la requête « langage des fleurs » n’ont pas été audités au moment de la rédaction.

Sources

  • Beverly Seaton, The Language of Flowers: A History, University Press of Virginia, 1995 — cité et daté via le dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §1.2 et §2.9 (consulté le 27/08/2026).
  • Dossier d’expertise « symbolique, signes et significations », §2.9 (faits sur l’ouvrage de 1819, le sélam ottoman, le chrysanthème, le muguet, la rose de la Saint-Valentin) — consulté le 27/08/2026.

Maxime Dupont

Maxime s'intéresse aux dernières tendances et innovations dans le domaine du lifestyle. Il s'assure de la véracité des informations grâce à des enquêtes approfondies et consulte des experts du secteur.

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