Libellule : symbole vénéré au Japon, redouté en Europe
Un même insecte est traité, selon la langue qui le nomme, comme un signe de victoire ou comme une menace pour les yeux d’un enfant endormi. Ce que rapportent les sources ci-dessous — datées, attribuées, souvent issues de vulgarisation plutôt que d’ouvrages académiques — n’est donc pas « ce que signifie la libellule », mais ce que des cultures précises en ont dit, à des moments précis, sans qu’aucun de ces récits ne se valide l’un l’autre.
Un insecte vénéré au Japon

Akitsushima, l’île de la libellule
Le Kojiki (« Chronique des choses anciennes »), texte japonais daté de 712, rapporte que l’empereur légendaire Jinmu, monté sur une hauteur, aurait comparé la forme de l’archipel à celle d’une libellule s’accouplant — d’où le nom ancien du Japon, Akitsushima (« île(s) de la libellule »). Ce fait est rapporté par le blog voyage de la compagnie Silversea et par le musée Manggha (musée d’art et de technique japonais de Cracovie), qui lui a consacré une exposition intitulée « Akitsushima, l’île aux libellules » (sources consultées le 27/08/2026).
Il faut lire ce récit pour ce qu’il est : un texte fondateur légendaire, pas un fait historique établi. Le Kojiki nous apprend qu’un auteur du VIIIe siècle a écrit cette comparaison — pas que l’épisode ait eu lieu. La date de rédaction du texte (712), elle, est un fait bibliographique établi.
Kachimushi, l’« insecte de victoire » des guerriers
Dans la culture guerrière japonaise, la libellule était appelée kachimushi (« insecte de victoire »), parce qu’elle vole toujours vers l’avant et ne recule jamais. Ce fait est rapporté par le blog Silversea ainsi que par le site de vulgarisation dragonflywebsite.com (consultés le 27/08/2026). Ces sources concordent entre elles, mais aucune source académique primaire n’a été consultée pour établir ce point — voir plus bas la section « ce qu’on ne sait pas ».
La libellule sur les armures et dans l’art décoratif japonais
Selon le musée Manggha et des collections d’armures samouraïs (collection Jurgilewicz, consultées le 27/08/2026), des seigneurs de haut rang ont porté, au XVIIe siècle, des casques (kabuto) ornés d’un motif de libellule pour être reconnus au combat ; le même motif orne aussi des tsuba (gardes de sabre), des plastrons et des carquois. Plusieurs sources concordent sur le siècle, mais aucune pièce précise et datée n’a été identifiée nommément pour cette page : à vérifier en musée avant toute affirmation portant sur un objet unique.
La libellule (tonbo) reste aujourd’hui un motif courant de l’art décoratif japonais — kimono, céramique, laque — selon le site de vulgarisation dragonflyandjapaneseculture.weebly.com (consulté le 27/08/2026), une source secondaire faible à traiter comme illustration plutôt que comme preuve.
Un insecte diabolisé en Europe

« Devil’s darning needle » et le folklore anglo-saxon
En anglais, la libellule porte le surnom de « devil’s darning needle » (« aiguille à repriser du diable »), attesté dans le folklore d’Europe médiévale puis transporté par les colons vers les États-Unis, où son usage est particulièrement documenté dans le folklore appalachien et celui du sud des États-Unis. Selon la croyance rapportée, l’insecte coudrait les yeux, les lèvres ou les oreilles des menteurs, des personnes qui jurent ou des enfants désobéissants pendant leur sommeil ; d’autres variantes lui prêtent le pouvoir de coudre les doigts ou les orteils. D’autres surnoms anglais relevés désignent le même animal sous un jour tout aussi hostile : ear-cutter, horse stinger, eye-poker, eye-snatcher, snake doctor ou adder’s servant. Ces faits sont rapportés par le glossaire de folklore appalachien Hillbilly Slang et par Metro Field Guide, un site de folklore naturaliste (consultés le 27/08/2026).
Ce sont là des sources de vulgarisation, pas des sources académiques : aucune attestation textuelle médiévale précise — manuscrit, date, auteur — n’a été identifiée pour cette page. La croyance elle-même relève de la transmission orale ; elle est donc rapportée ici au conditionnel et avec une attribution volontairement floue, jamais présentée comme un fait établi.
« Aiguille du diable » et les noms populaires français
En français aussi, la libellule porte des noms populaires négatifs : « aiguille du diable », « aiguille à repriser du diable », « crève-œil », « tire-sang » (ou « tire zyeux »), « pique-serpent », « flèche du diable », « cheval du diable », « sorcière », « couturière ». Une légende rapportée veut que les « demoiselles » (parentes des libellules) cousent les yeux d’une personne endormie près d’une rivière, ou que la libellule recouse un orifice du visage d’un enfant désobéissant. Ces éléments sont rapportés par un article du blog de la Bibliothèque nationale de France (Gallica), intitulé « Libellule et demoiselle » et mis en ligne le 27 mai 2021, ainsi que par le site de vulgarisation biodiversitefrance.com.
Précision nécessaire sur cette source : l’article Gallica/BnF a répondu en erreur d’accès (HTTP 403) lors de sa vérification directe le 27/08/2026 ; son contenu n’a donc été lu qu’au travers du résumé retourné par un moteur de recherche, jamais par une lecture directe de la page. Le titre et la date de mise en ligne sont fiables, le contenu rapporté ci-dessus reste à confirmer par une lecture directe de la page.
La coexistence, en français, de « demoiselle » et « aiguille du diable »
Le nom savant français « demoiselle » désigne, dans l’usage courant, aussi bien les libellules que leurs proches parentes. La même langue porte donc, pour le même animal, un nom affectueux (« demoiselle ») et un nom accusateur (« aiguille du diable ») — c’est le titre même de l’article Gallica/BnF cité plus haut qui met en regard ces deux noms, avec la même réserve d’accès que ci-dessus.
Pourquoi un même animal porte des sens opposés
Les deux blocs qui précèdent ne se résument pas en une phrase du type « la libellule signifie X ». Ils se juxtaposent, avec leurs dates et leurs zones d’auteurs, pour montrer qu’un même insecte porte des valeurs opposées selon la langue et l’époque qui le nomment : insigne de victoire porté au combat d’un côté du monde, créature accusée de mutiler le visage des dormeurs de l’autre. Aucun des deux récits ne rend l’autre faux ; chacun documente une culture, à une période donnée, et rien ne permet de les faire tenir ensemble dans un sens unique.
Ce que la libellule n’est pas
Aucune de ces croyances n’a de valeur universelle ni de validation scientifique : ni le récit japonais du Kojiki, ni le folklore anglo-saxon du « devil’s darning needle », ni les noms populaires français ne constituent une signification qui s’appliquerait partout et de tout temps. Ce sont des faits culturels, chacun daté et localisé, à ne jamais confondre avec un résultat établi. Un dictionnaire de symboles qui présenterait « la » signification de la libellule commettrait exactement l’erreur que le contraste Japon/Europe documenté ci-dessus interdit.
⛔ Ce qu’on ne sait pas
- Aucune source académique primaire (entomologie culturelle, ethnologie, revue à comité de lecture) n’a été consultée pour cette page : tous les faits ci-dessus viennent de sources de vulgarisation — blogs de voyage, glossaires de folklore, sites de biodiversité grand public — concordantes entre elles mais non académiques. Elles ne doivent pas être lues comme validées scientifiquement.
- Aucune attestation textuelle datée précisément (manuscrit, auteur, siècle exact) n’a été trouvée pour la croyance anglophone du « devil’s darning needle » au-delà de la mention générale « Europe médiévale ».
- L’article Gallica/BnF, source la plus institutionnelle repérée pour le volet français, a répondu en erreur d’accès (HTTP 403) lors du test direct du 27/08/2026 : son contenu n’a été lu qu’au travers d’un résumé de moteur de recherche, jamais par une lecture directe de la page.
- Aucun objet de musée précis (casque, tsuba) n’a été identifié nommément pour illustrer le motif de libellule sur les armures japonaises : seul le fait général — XVIIe siècle, plusieurs sources concordantes — est établi ici.
- Qui occupe les dix premiers résultats sur cette requête, et sur quoi ces pages sont faibles, n’a pas été audité pour cette fiche.
- Aucune date de première attestation écrite de « aiguille du diable » en français n’a été trouvée.
- Aucune donnée entomologique (espèce précise concernée par la distinction vernaculaire entre « demoiselles » et « libellules ») n’a été vérifiée pour cette page.
Sources
- Silversea, « Dragonflies in Japan » — silversea.com/blog/destinations/asia/dragonflies-in-japan (consulté le 27/08/2026)
- Musée Manggha, exposition « Akitsushima, the Island of Dragonflies » — manggha.pl/en/exhibition/akitsushima-the-island-of-dragonflies (consulté le 27/08/2026)
- Collection Jurgilewicz, armures samouraïs — jurgilewicz.wixsite.com/akitsu-shima-online (consulté le 27/08/2026)
- dragonflyandjapaneseculture.weebly.com, « Japanese Culture » — dragonflyandjapaneseculture.weebly.com/japanese-culture.html (consulté le 27/08/2026)
- Hillbilly Slang, « Devil’s Darning Needle » — hillbillyslang.com/definitions/devils-darning-needle (consulté le 27/08/2026)
- Metro Field Guide, « Folklore Nature: Dragonflies » — metrofieldguide.com/folklore-nature-dragonflies (consulté le 27/08/2026)
- Gallica / BnF, « Libellule et demoiselle » (mis en ligne le 27/05/2021) — gallica.bnf.fr/blog/27052021/libellule-et-demoiselle (page en erreur d’accès HTTP 403 au test du 27/08/2026 ; contenu lu via résumé de moteur de recherche uniquement)
- biodiversitefrance.com, « Libellules : mythes et légendes » — biodiversitefrance.com/libellules-mythes-et-legendes (consulté le 27/08/2026)
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